Sa popularité est à l’image de sa musculature : impressionante. Adoré ou controversé, Sylvester Stallone est une superstar dans le monde entier et le champion du box-office. Ses multiples rôles au cinéma en font une légende vivante et marque d’une empreinte indélébile toute une génération. Qui a oublié les héros mythiques tels que Rocky et Rambo, le père repentit de Over the Top, le flic intello de Tango & Cash ou le détenu modèle de Haute Sécurité ? Et pourtant, rien ne semblait prédestiner cet enfant chétif aux paupières tombante et affligé d’une paralysie faciale au statut de star. C’est une enfance difficile dans un quartier populaire de New York qui forge en lui le goût de l’indépendance et un esprit de battant. Adolescent impétueux promis à un avenir des plus sombres, Sylvester décharge son trop plein d’agressivité dans le sport, où il excelle dans des disciplines comme le football, l’escrime et la boxe. Ses premiers pas sur les planches, alors qu’il n’a pas vingt ans, le persuadent de sa vocation de comédien. C’est à force d’acharnement et de volonté, de petites réalisations en feuilletons télévisés qu’il finit par obtenir la consécration, et ce, à trente ans, grâce à Rocky, l’histoire d’un boxeur qu’il se crée sur mesure. Les uppercuts du jeune boxeur se portent à l’échelle mondiale. Du coup, Sylvester devient à lui seul la réincarnation du rêve américain, un héros moderne et courageux qui a le goût de l’effort et de la réussite. Aux yeux du public, il est Rocky, cet homme naïf, fort et sympathique qui a su prendre sa revanche sur une enfance difficile. Quelques années plus tard, il lance un nouveau personnage épique auquel il s’identifie :Rambo, un vétéran du Viêt-nam. Avec ce héros physique et impavide, il redonne de la dignité aux anciens combattants du Viêt-nam, offre à tout un peuple une revanche sur une guerre perdue, libère l’Amérique des souvenirs d’un épisode tragique. Sylvester a su ressusciter ces personnages indestructibles au physique hors du commun qui, depuis l’âge d’or des péplums des années 50-60, étaient tombés en désuétude. De la sorte, il s’impatronise dans l’emploi de précurseur des rôles « musclés » au cinéma, puis ouvre une ère nouvelle où s’engageront par la suite Arnold Schwarzenegger et Jean-Claude Vandamme. Malgré le succès mondial de ses films, certains s’empressent de dénoncer la morale primaire et le manichéisme simpliste sur lesquels Sylvester s’appuie. Ceux-là mêmes qui, quelques années auparavant, se gaussaient de Clint Eastwood et de ses victoires de justicier avant de le faire pénétrer par la grande porte dans leurs ciné-clubs. Il est vrai que ses déboires amoureux et l’allure que prenait sa carrière ont fait couler beaucoup d’encre et lui ont valu quelques critiques acerbes, mais une chose est certaine, Sylvester est aux antipodes du personnage monosyllabique et de la brute épaisse que ses détracteurs se plaisent à décrire. N’oublions pas qu’avec Rocky et Rambo, il a réussi à créer en quelques années seulement deux des héros les plus populaires dont l’idéologie n’est pas forcément aussi simpliste qu’on a bien voulu le dire et qui font appel à des sentiments universels. Moins humain et plus stéréotypé, son personnage de Cobra a d’ailleurs moins bien marché, d’où ce retour dans Over the Top à une certaine forme d’authenticité, comme ce sens aigu du vécu que l’on avait particulièrement apprécié dans la saga des Rocky. Sylvester Stallone s’est fait lui-même. C’est un acteur instinctif qui a tout appris sur le tas, lui que l’Actor’s Studio n’a pas accepté dans ses murs. Un jour acteur, réalisateur et producteur le lendemain, Sylvester est un touche-à-tout. A l’instar de Clint Eastwood et de Woody Allen, il ne se confine pas seulement au rôle d’acteur et rares sont ceux qui peuvent prétendre avoir autant de cordes à leur arc. Tous ceux qui ont eu la chance de travailler à ses côtés saluent son grand sens du professionnalisme. Aujourd’hui, après une incursion infructueuse dans la comédie, il revient à ses thèmes de prédilections, l’aventure et l’action. Persévérer, gagner et séduire pour mieux exister sont les leitmotive qui caractérisent le personnage. Un homme qui se bat pour ses idéaux avec la rage au cœur, un battant qui ne vit que pour le défi, qui puise sa force dans les échecs et dont l’ambition est d’aller toujours plus haut et plus loin…
(Ce texte provient du livre "Sylvester Stallone: Une Revanche sur la vie" écrit par Mohammed Mamou en 1995)